Biais de l’acteur observateur

Un délai est annoncé en retard. Le technicien qui le gère explique : le fournisseur n’a pas tenu son délai, les specs ont changé en cours de route, le planning initial était irréaliste. Le directeur technique qui observe la situation tire une conclusion différente : ce collaborateur a du mal à anticiper, il manque de rigueur dans le suivi.

Même situation et même faits pourtant deux lectures opposées, la raison ? Un mécanisme cognitif bien documenté : Le biais de l’acteur observateur

Quand on explique son propre comportement, on évoque naturellement le contexte : les contraintes, les imprévus, les facteurs externes qui ont rendu la situation difficile. Quand on explique le comportement d’un autre, on convoque sa personnalité : ses compétences, ses habitudes, ses traits supposément stables. L’acteur voit la situation. L’observateur voit la personne.

Dans une PME ou TPE industrielle, ce biais traverse toutes les interactions entre les rôles. Le responsable qui pilote un projet de l’intérieur perçoit une réalité faite d’obstacles concrets et mouvants. Celui qui l’observe depuis l’extérieur (direction, client, pair) voit surtout quelqu’un qui gère bien ou mal. Le technicien qui improvise une solution en fabrication sait ce qu’il a dû contourner. Son responsable voit quelqu’un qui ne suit pas les procédures.

Ce que ce biais coûte, c’est moins souvent la décision prise que la relation abîmée par une lecture injuste et les informations perdues parce que les deux parties ont cessé d’échanger sur ce qui s’est réellement passé, mais échange sur une perception incomplète.

Dans votre organisation, quand un projet dérive ou qu’un problème survient, dans quelle mesure l’analyse intègre-t-elle vraiment le contexte vécu par ceux qui étaient en première ligne ?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *