Un technicien expérimenté estime qu’il peut boucler une modification de plan en une heure. C’est une tâche qu’il a faite des dizaines de fois, il n’a pas besoin de prévoir de marge. Deux heures plus tard, un détail de cotation fonctionnelle qu’il n’avait pas anticipé relance le travail. En parallèle, une autre équipe évalue une intégration logicielle qu’elle n’a jamais faite et annonce une semaine. Elle en prendra trois.
Ce mécanisme s’appelle l’effet difficile-facile. Sur les tâches perçues comme simples, on est systématiquement sous-confiant dans le temps et l’attention qu’elles méritent et ce qui produit des erreurs d’exécution sur des sujets qu’on maîtrise pourtant bien. Sur les tâches perçues comme complexes, on est systématiquement sur confiant dans sa capacité à les résoudre, ce qui produit des estimations irréalistes sur des sujets qu’on maîtrise mal. Les deux directions se trompent et le planning en paye le prix deux fois.
Dans une petite structure industrielle, les deux effets coexistent sur le même projet. Dans les sujets routiniers (assemblage documentaire, mise en plan, rédaction d’un compte rendu ) qui sont planifiés sans marge parce que « ça se fait vite ». Ce sont souvent eux que l’on retrouvera dans les goulets en fin de phase. Les sujets techniques nouveaux (premier calcul de fatigue, première intégration électronique, premier passage à une nouvelle norme) sont estimés avec un excès de confiance qui ne survit pas au premier jour de travail réel, la pensée est généralement « Cela n’as pas l’air vraiment compliqué ».
Ce que ce biais coûte, c’est moins fréquemment un projet annulé qu’un planning chroniquement décalé, dont les causes ne sont jamais là où on les cherche.
Dans vos estimations de charge, comment sont évaluées vos tâches ? Par familiarité ou par données de retour d’expériences mesurées ?
