Régression vers la moyenne

Francis Galton observe au XIXe siècle que les fils de pères très grands sont en moyenne plus petits que leurs pères, et les fils de pères très petits sont en moyenne plus grands. Rien ne les a modifiés, mais c’est parce qu’un résultat extrême contient toujours une part de fluctuation aléatoire qui ne se reproduit pas à l’identique. Le phénomène est statistique, pas causal. Il se produit avec ou sans intervention.

C’est la régression vers la moyenne. Après un résultat exceptionnellement bon ou mauvais, la mesure suivante tend naturellement à se rapprocher du niveau habituel, les conditions de mesure ne changent pas, simplement la fluctuation initiale ne se répète pas. Ce mécanisme devient coûteux dans une organisation quand on l’interprète à tort comme l’effet d’une action.

Dans une chaîne technique industrielle, les erreurs d’interprétation qu’il génère sont concrètes et régulières :

  • Un pic de non-conformités sur une série de fabrications déclenche une réunion corrective, un renforcement des contrôles, une relance des opérateurs. La série suivante est meilleure. L’action est créditée. En réalité, le pic était partiellement aléatoire et la régression vers la moyenne aurait produit le même résultat sans intervention.
  • Un projet exceptionnel, livré en avance et sous budget, est pris comme référence pour les estimations du suivant. Le suivant est dans la moyenne. Il semble décevant alors qu’il est simplement normal.
  • Un technicien qui livre un travail de qualité inhabituellement élevée reçoit un retour positif appuyé. Son livrable suivant est dans sa norme habituelle. On parle de relâchement. Le relâchement n’a pas eu lieu mais la fluctuation positive, elle, ne s’est pas répétée.
  • Un indicateur de délai qui se dégrade brutalement remonte partiellement au cycle suivant, indépendamment de ce qui a été fait. L’amélioration est attribuée à la réunion de crise. La réunion de crise n’y est peut-être pour rien.

Ce que la régression vers la moyenne produit dans une organisation, c’est une illusion de causalité : on croit piloter ce qu’on observe simplement fluctuer notre variabilité.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *